Antifascisme : pourquoi la manif’ de LFI (nous) pose problème

La manif de samedi contre l’extrême-droite, organisée par LFI Réunion, a réuni du monde, et c’est bien. Le problème, c’est que les Insoumis locaux ne sont pas très carrés sur le sujet.

 

Qu’un rassemblement contre l’extrême-droite réunisse un peu de monde, on ne va pas bouder notre plaisir. Le Tangue est allé traîner ses piquants à celle de Saint-Denis, avec les deux pelés et trois tondus de la CGTR. Autant dire qu’à la confédération, l’antifascisme ne semble pas mobiliser les foules…

On aurait pu filer à Saint-Paul dans la foulée ; pas question. Pas forcément parce qu’on trouve complètement con que LFI, la CGTR et toutes les autres assos n’aient pas réussi à se mettre d’accord sur une manif’ commune. Après tout, c’est leur problème. Surtout, en fait, parce nous doutons le plus sérieusement du monde du véritable désir des Insoumis de lutter clairement – et on parle bien ici de lutte – contre l’extrême-droite.

Hors de question de dérouler cette vieille théorie du “fer à cheval“, qui dirait que les extrêmes se rejoignent. D’une, parce que LFI, c’est pas l’extrême-gauche, de deux parce qu’on ne croit pas une seule seconde que les Insoumis sont racistes. On peut cependant se planter.

 

Il faudra (malgré tout) voter pour la gauche la plus bête de France

 

En revanche, il y a bien quelques problèmes, et notamment un gros, un énorme, appelé Jean-Hugues Ratenon. Qu’à LFI, on se désole de ses prises de paroles qui fleurent bon la xénophobie, de sa campagne de 2022 avec un Johnny Payet ayant fait allégeance au RN, en fait, Le Tangue en doute peu. Mais ça ne suffit pas : quand on lutte clairement contre l’extrême-droite, on n’accepte pas. On le vire. On produit des communiqués, pour s’en désolidariser clairement. On ne grommelle pas dans son coin, en fermant les yeux officiellement parce que le parti risquerait de perdre un élu. Il semble qu’entre la popol et la lutte antiraciste, LFI a choisi. Nous, on n’a juste pas choisi de prendre le risque de manifester à côté de l’élu de la 5e.

Mettons-nous à la place d’un militant LFI, que nous appellerons Jean-Michel. Jean-Michel est contre le racisme, il va à la manif’ de samedi. Il est emmerdé, Jean-Michel : soit le Ratenon, élu de son parti, se pointe, et vu ses déclarations récentes, c’est la honte absolue ; soit le Ratenon ne se pointe pas, et il devient compliqué d’expliquer pourquoi un élu du parti ne montre pas sa trombine à une manif’ organisée par ledit parti. Ne pas s’être positionné plus tôt, c’est tout LFI qui passe pour une buse dans tous les cas (au passage, apparemment, il n’est pas venu).

Le parti, qui ne semble pas parvenir à tenir ses propres élus n’a pas réagi, non plus, lorsque le Ratenon a vrillé sur son histoire d’accident. Sur l’histoire en elle-même, on s’en fout ; mais lors de sa conférence de presse, lorsqu’il a imaginé un complot entre zorey, dont il n’a jamais pu apporter la preuve, il y avait un nouveau relent de xénophobie qui venait chatouiller nos narines. Un relent qui n’a pas eu l’air de gêner l’autre élu LFI, Perceval Gaillard, pourtant lui-même victime d’une campagne dégueulasse en 2022 dans la 7e.

 

Le complot des zorey franc-maçons (et des Chinois du FBI)

 

Ces derniers jours, c’est encore, pourtant, une grande partie de la gauche réunionnaise qui s’est fourvoyée dans un banal fait divers qui a, en fait, surtout eu de l’écho dans les groupes racistes sur les réseaux. Quel besoin les députés de gauche – pas que LFI – avaient-ils de pondre des communiqués sur cette soi-disante “profanation” ? A part draguer un électorat catholique et franchement raciste sur les bords, on ne comprend pas. Apparemment, les bulletins n’ont pas d’odeur : dommage qu’ils n’aient pas compris que leur électorat de gauche – et de plus en plus jeune – n’en a pas grand chose à faire, de cette histoire de statue, mais attend toujours une prise de position sur la mort de Salma, sur le tourisme de masse et les catastrophe naturelles qui en découlent, ou sur les élus corrompus.

 

Salma avait qu’à être Vierge ou bosser à la télé

 

Le Tangue n’est finalement pas franchement surpris. Nos inquiétudes, sur une partie de la gauche réunionnaise parfois confuse, remontent aux manifs antivax, et à ces militants qui ne semblaient pas gênés de se promener à côté des étoiles jaunes et des runes.

 

Tous derrière et les fachos devant

 

Une confusion qu’on a pu retrouver plus tard, à l’Assemblée, lorsque nos élus locaux ont lutté contre certaines mesures sanitaires contre le Covid, avec les mêmes arguments que le Rassemblement national, contre les données scientifiques.

 

Perceval et Karatenon : “Pour les antivax, on en a gros !”

 

Gaillard, Ratenon, Lebon et K/Bidi avec le RN et contre le Conseil scientifique

 

Pour Le Tangue, l’antifascisme ne se résume pas à dire que l’extrême-droite, c’est caca. Lutter, tout le temps, oui, c’est la base. Mais c’est aussi proposer un autre narratif sur les questions écologiques, économiques, sociétales et taper sans relâche sur les discours réactionnaires et, ou, complotistes. Pour le coup, ici, au sein des partis, y a encore du boulot.

La rédaction du Tangue

 

 

 

Je participe au financement du Tangue 

 

 

 


Le Tangue a besoin de vous pour vivre.

Notre liberté de ton a un prix. 

Cet article est gratuit, mais vous pouvez vous abonner pour lire les autres.